« Viens, tourne-toi vers Aššur, ton dieu, et ton foyer, et que je puisse voir tes yeux tant que je suis encore en vie ! »
Ainsi parle Taram-Kubi. Cette supplique sur tablette d’argile s’adresse à son mari, un marchand assyrien. Envoyée il y a 4 000 ans depuis Assur, dans le nord de l’Irak, elle a voyagé à dos d’âne près de six semaines pour rejoindre son destinataire en Anatolie.
Elle figure dans le plus important et le plus ancien lot d’archives privées de l’humanité découvert sur le site de Kültepe, l’ancienne Kaneš, en Turquie. C’est en déchiffrant les documents comptables et juridiques, créances, contrats de mariage, de divorce ou de succession, et la correspondance de ces femmes, que l’assyriologue Cécile Michel a mis au jour leur présence, centrale, dans la civilisation assyrienne. Derrière les signes cunéiformes s’entendent les voix de Taram-Kubi, Lamassi, Zizizi, ou Nuhšatum. Elles n’étaient pas seulement les épouses, veuves, mères, sœurs et filles des marchands assyriens, mais des productrices d’étoffes pour le marché international et de redoutables femmes d’affaires. En l’absence des hommes, elles géraient leurs maisonnées, gagnaient de quoi devenir propriétaires, et pouvaient divorcer aux mêmes conditions que leurs maris…
En une vingtaine de portraits sensibles, leurs vies nous semblent, 4 000 ans plus tard, étrangement proches.
Contributeurs : Cinzia Bearzot, Emmanuèle Caire, Julien Fournier, Pascale Giovannelli-Jouanna, Anne Jacquemin, Dominique Lenfant, Estelle Oudot, Luana Quattrocelli et Paolo Tuci.
Pour la première fois, cet ouvrage réunit l’ensemble des sources grecques et latines sur l’oligarchie des Trente. Il en propose une traduction nouvelle et un commentaire approfondi. Il éclaire d’un jour nouveau l’histoire de cet épisode majeur. Qu’est-ce qui rendit possible l’abolition de la démocratie ? Quel fut le rôle de Sparte, l’ennemie victorieuse, dans le sort de ce nouveau pouvoir ? Quelles furent l’idéologie du régime et ses pratiques ? Quelles furent les réactions qu’il suscita ? Au-delà de l’enquête historique, cette approche sans précédent jette une lumière crue sur des mécanismes politiques toujours actuels et rappelle la fragilité de la démocratie et les façons d’agir de ses ennemis.
Pourquoi étudier des généalogies dont on ne possède que des bribes et dont on sait qu’elles sont tout autant un fait biologique que des constructions discursives ? Comment y parvenir en évitant à la fois l’écueil de la reconstitution positiviste et celui de la délégitimation des discours des acteurs ? Ce livre tente de répondre à ces deux questions entremêlées en appliquant en histoire ancienne les méthodes formalisées héritées de l’histoire quantitative et rattachées aujourd’hui aux humanités numériques.
L’étude porte sur les discours généalogiques produits par les descendants de Bouselos, qui se disputèrent la succession de leur cousin Hagnias mort sans enfant mâle à Athènes au ives. a.C. Cette affaire est au centre de deux discours judiciaires rédigés par Isée (Succession d’Hagnias) et le Ps.-Démosthène (Contre Makartatos). Le fait, peu fréquent, que l’on puisse encore lire deux récits contradictoires d’une même série de procès permet de comparer les portraits de famille proposés aux juges et, par-là, d’étudier les manipulations généalogiques visant à se placer le plus avantageusement dans le cercle de parents, ainsi que les discours sur la parenté rédigés pour convaincre le tribunal. Pour ce faire, l’auteure s’appuie sur une méthode formalisée reposant essentiellement sur la pratique de la visualisation croisée, ainsi nommée car elle multiplie et compare entre elles les formes visuelles que sont les arbres généalogiques, les diagrammes de structure et les graphes. Croiser les formes visuelles, comme on croise les sources, permet de mieux étudier la fabrique généalogique des acteurs, mais également celle des chercheurs qui les observent. Ce livre élabore par conséquent une méthode nouvelle pour analyser une matière généalogique partielle, partiale, incertaine et hypothétiquement reconstituée : les multiples hypothèses prosopographiques que l’on doit conserver deviennent une force pour arriver à des conclusions valables quelle que soit l’hypothèse de reconstitution choisie. Le recours aux humanités numériques, en prenant au sérieux les discours des acteurs et en déconstruisant les outils des chercheurs, permet ainsi un éclairage neuf sur l’étude de la parenté dans l’Athènes classique. Le livre est accompagné d’annexes en ligne et de notes techniques qui permettent aux lecteurs de reproduire la méthode à d’autres champs d’étude.
Cet ouvrage rassemble des textes dédiés aux épidémies anciennes en Europe et en Méditerranée. Rédigés par un groupe international de chercheurs, ils illustrent l’ensemble des disciplines aujourd’hui impliquées dans l’histoire des maladies infectieuses, c’est-à-dire à l’interface d’une part, des sciences humaines et sociales, telles l’histoire et l’archéologie, et d’autre part, de la biologie. L’ouvrage souligne d’abord la contribution devenue essentielle de l’archéologie dans la reconstruction de l’histoire ancienne des maladies pestilentielles et de leurs répercussions sociales et culturelles, tout en faisant le point sur certains aspects de la paléopathologie et sur les analyses de paléobiochimie concernant la détection des agents pathogènes. Plusieurs études posent en outre les jalons d’un corpus historique des crises épidémiques antiques en se fondant sur différents types de sources (textes littéraires, écrits médicaux et juridiques, documentation papyrologique etc.) et offrant ainsi la possibilité d’esquisser un bilan chronologique. Enfin certaines contributions offrent des études ciblées permettant de faire le point sur nos connaissances et de retrouver la perception, la conception et la narration des faits épidémiques anciens dans toute leur diversité. Outre les grandes épidémies (antonine, de Cyprien et de Justinien), une attention particulière a été portée à des épisodes moins connus relevant de la littérature historique, d’ouvrages savants, de la poésie et de la philosophie. L’ouvrage s’inscrit dans le cadre d’un programme ANR « Pestes et sociétés humaines : émergence, évolution et transformations bio-culturelles (ANR 19-CE 27-0012 PSCHEET, 2019-2025) ».
L’ouvrage est intégralement et librement disponible en ligne.
Cet ouvrage constitue la première partie de la palingénésie des senatus consulta de la Rome républicaine et impériale. C’est le fruit d’un travail de recherche collaboratif qui replace les sources antiques au centre du débat scientifique dans toute leur complexité, en commençant par la manière dont elles ont été créées et dont elles ont été transmises à travers l’histoire. Il présente la reconstitution et le commentaire des 328 décrets du Sénat romain promulgués entre 509 et 367 avant J.-C., une période importante marquée par la lutte décisive pour l’égalité entre patriciens et plébéiens. Même dans cette phase précoce de l’expérience juridique romaine, il est déjà possible d’entrevoir le noyau originel des mécanismes de fonctionnement de la res publica, notamment en termes de dialectique entre le Sénat et les magistrats, avec leurs conséquences pour le développement politique et institutionnel ultérieur de Rome.
Au même titre que Cléopâtre, la reine Zénobie est cette souveraine de l'Antiquité dont le mythe a assuré la célébrité. Qu'importe que le royaume de Palmyre, cité romaine, n'ait jamais existé, et qu'on sache peu de choses de la vie de sa reine supposée. Reste que, pendant les quelques années du IIIe siècle ap. J.C. où elle domina une partie de l'Orient, jusqu'à s'attribuer le titre d'impératrice, cette femme politique joua un rôle considérable au moment où la Syrie est prise entre l'ébranlement du pouvoir à Rome et la pression militaire des Perses Sassanides. Entourée d'une cour brillante où s'exercent des influences multiples, elle fit de Palmyre, pour un temps, l'épicentre du pouvoir et de l'intelligence. Enfin, elle fut aussitôt, après la ruine de Palmyre en 273, emportée par la légende, à la fois dans la tradition littéraire et artistique occidentale et dans l'historiographie arabe.
Ce sont ces différents aspects de la figure de Zénobie, de l'environnement politique et culturel dans lequel elle évolua et qu'elle contribua à façonner et de l'exploitation millénaire de son mythe sous des formes multiples qu'exposent les auteurs, dans une démarche originale conduite au plus près de la documentation qu'ils ont eux-mêmes travaillé à produire.
Ancient cultures are studied through literary sources and artefacts, both of which are limited and often contradictory. Scholarly traditions often privilege one type of evidence over the other, depending on their research questions and the stories they want to tell. As a result, our understanding of the past may be shaped by bias. New archaeological discoveries force historians to rethink their views of the past. Missing evidence, though difficult to identify, can lead to educated guesses and a re-evaluation of previous ideas. However, over-reliance on a single dataset leads to the risk of overlooking important perspectives. While scholars have developed methods for dealing with insufficient data, methodological reflection on the subject is rare.
This volume presents case studies from ancient civilisations that explore how different types of missing evidence (e.g. missing, contradictory or neglected evidence) affect our perceptions of ancient cultures and shape the narratives we provide. Covering Southwest Asia, China, India, Greece, Etruria, early Christianity, Mesoamerica and Central Asian Buddhism, it invites scholars to compare the situation in their own fields to the state-of-the-art in others.
La copie est omniprésente, y compris dans le kitsch ou le commerce. Mais la copie touche également la philologie : en art, elle participe à la fois à la création et à la formation (elle en est l’une des méthodes pédagogiques principales) ; en philologie, elle assume un rôle irremplaçable dans la transmission. Il en découle naturellement une question de dénomination comme de périmètre : quel sens met-on finalement sous le terme de copie ; jusqu’où peut-on légitimement parler de copie ?
Pour répondre à cette double orientation (artistique et philologique) et aux questions de définition et de périmètre, le colloque de Genève (12-14 janvier 2023) a tenu à associer archéologie, histoire de l’art et philologie, des disciplines jusqu’ici traitées de façon indépendante.
Mais les contributions ici réunies attestent que ni l’époque, ni le caractère multiple, ni le degré d’indépendance vis à vis du modèle, ni même son support, ne suffisent à eux seuls pour décrire la force de la copie.
Le numéro 50 (2025) de la revue Ktèma vient de paraître. On y trouve un dossier d’articles sur la conservation des richesses dans l’Antiquité coordonné par Damien Agut-Labordère et Julien Monerie : il porte sur les moyens et endroits utilisés pour cacher et préserver ses biens, de Babylone à la Rome antique en passant par l’Égypte et le monde grec. Ce dossier est suivi d’une riche section de varia.
La revue est disponible en version imprimée sur commande et sur abonnement. Tous les articles sont versés peu après leur parution dans les archives de science ouverte HAL et Univoak. Deux ans après sa parution, l'intégralité du numéro est en libre accès sur Persée.
Dans ce numéro de la revue Archimède. Archéologie et histoire ancienne (direction : Sandra Boehringer, rédaction en chef : Airton Pollini), le premier dossier, dirigé par Daniela Lefèvre-Novaro, s’intitule « Chasse et rituels dans le monde grec. Approches archéologiques et historiques ». La chasse, l’une des activités humaines les plus anciennes et les plus largement attestées, a fait l’objet de nombreuses pratiques rituelles rythmant la vie collective dans le monde grec. Dès l’âge du Bronze récent, la chasse est l’apanage des élites qui construisent autour de cette activité, en particulier de la chasse au lion, un langage iconographique spécifique qui se retrouve des siècles après, par exemple, dans la mosaïque hellénistique de Pella. De la Crète minoenne à l’époque romaine, des exemples représentatifs de mythes, rites et cultes concernant la chasse sont analysés à travers des études croisant des approches archéologiques, iconographiques, historiques et textuelles.
Le second dossier, « De l’école au musée. Les collections de moulages et leur valorisation », dirigé par Arianna Esposito et Sophie Montel, rassemble les premiers résultats d’un projet de recherche – mené par les universités de Dijon et de Besançon – sur le recensement et la valorisation des collections de plâtres conservés dans les universités, les écoles et académies d’art et les musées de la région Bourgogne – Franche-Comté. Le contexte spécifique de ces collections régionales a posé les bases d’un dialogue scientifique sur les collections de plâtres, qui ne se limite pas aux collections des deux universités, et qui permet un échange d'expériences entre les différents acteurs, universitaires et conservateurs qui ont récemment contribué, par leurs travaux, au renouvellement des connaissances sur ces collections.
Enfin, le numéro offre également des Varia, coordonnés par Max Thomé et Laura Waldwogel.
Dans le champ de l’histoire des mentalités, le volume étudie le comportement de flatterie tel qu’il fut dénoncé par les penseurs antiques. Y sont examinés le concept, les pratiques et les relations entre le flatteur et le flatté dans la vie en société et dans les systèmes politiques.
This companion explores the discipline of Roman prosopography from a wide variety of perspectives. The study of people and their relationships and connections, both as individuals and groups, lies at the heart of research into Roman society and politics. The essays in this volume constitute an up-to-date guide to the practice and applications of Roman prosopography.
Part I covers the history of the field from the Renaissance to the Digital Age, while Part II outlines important methodologies and approaches. Part III, which is divided between the Republic, Principate and Late Antiquity, comprises eighteen chapters on key sources, themes and debates.
Comment les Grecs des cités antiques prenaient-ils connaissance des lois auxquelles ils devaient se conformer ? Longtemps, la réponse à cette question a construit de prétendus corpus de lois exhaustifs et hiérarchisés, qui auraient remplacé, à haute époque, les traditions rituelles héritées du fond des âges. Mais, si tel était le cas, comment comprendre que les inscriptions normatives des périodes archaïque et classique aient été conçues comme de possibles offrandes à une divinité et gravées sur les murs de temples ou affichées dans des sanctuaires ? De tels constats invalident l’hypothèse selon laquelle ces documents attesteraient l’essor d’une organisation politique strictement rationnelle car séparée de la sphère religieuse. En tenant compte du contexte spécifique de ces affichages, il s’agit ici de repérer toutes les traces d’oralité capables de dire le droit, depuis les actes de langage, comme les verdicts et les serments, jusqu’aux performances rituelles des poètes qui, à l’instar de Solon d’Athènes, prescrivent les bons comportements et dénoncent les malfaiteurs. On découvre alors autant de performances qui disent le droit en se plaçant sous la protection des dieux.
Amours platoniques, erôs, lesbiennes, orgies, hétaïres, androgynes, Ganymède et gitons : autant de termes qui expriment notre rapport à un passé antique imaginaire ou fantasmé. Cet ouvrage propose une enquête sur les formes de problématisations de la vie sexuelle des Anciens, développées en Occident aux XIXe et XXe siècles.
De la médecine à la philologie, de l’anthropologie à l’histoire, l’érotisme des Grecs et des Romains devient objet de savoir et d’érudition. Débats, censures, malentendus, grandes amitiés et controverses se succèdent dans le champ pourtant longtemps feutré de l’université. Alors que plus de vingt siècles nous séparent des hommes et des femmes de l’Antiquité, le sexe des Anciens ne cesse, semble-t-il, de nous concerner.
Une généalogie de la « sexualité antique » était donc devenue nécessaire. Elle prend ici le sens foucaldien d’une tentative de compréhension des discours modernes sur les aphrodisia.
Le nord de l’Anatolie correspond aux rivages septentrionaux de l’actuelle Turquie, bordés par la mer Noire, et à leur arrière-pays.
L’annexion de la Crimée en 2014 et l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022 par la Russie ont montré l’enjeu stratégique que représente encore la mer Noire, tant d’un point de vue politique que commercial et sécuritaire.
Le présent ouvrage vise à faire découvrir une région mal connue, grâce à des synthèses thématiques prenant en compte les avancées récentes de la recherche française et internationale.
Il expose comment la côte sud de la mer Noire a été un territoire stratégique dès l’Antiquité, avec la question de la colonisation grecque et du commerce du blé à travers les détroits du Bosphore et des Dardanelles, la question des dominations romaine, byzantine et turque, et l’intérêt des puissances étrangères comme Venise, Gênes, la France et l’Allemagne entre le xiiie et le xixe siècle. Au xxe siècle, cette région multiethnique a été, comme d’autres régions de Turquie, le théâtre d’effacement de populations par expulsion ou élimination collectives entre 1915 et 1923.
En raison de son histoire riche et complexe, mais aussi de sa géographie originale et ses paysages très verts, le nord de l’Anatolie a une identité culturelle bien marquée, qui alimente la création littéraire et la culture populaire : les blagues de la mer Noire sont aussi célèbres en Turquie que les blagues belges en France.
Cet ouvrage rassemble dix-sept contributions d'historiens, de géographes, de spécialistes de littérature (médiévale et contemporaine) qui ont permis d'étudier sur la longue durée une région méconnue, le nord de l'Anatolie, partie asiatique de la Turquie, rivage sud de la mer Noire.
Contributeurs : Marcel Bazin, Claire Barat, Françoise Rollan, Stéphane Lebreton, Jean-Louis Bacqué-Grammont, Faruk Bilici, Ségolène Débarre, Franck Prêteux, Jean-François Pichonneau, Luis Ballesteros Pastor, Christian-Georges Schwentzel, Jean-Louis Podvin, Georges Drettas, Aydin Özgören, Michel Bruneau, Marie-Geneviève Grossel et Ali Demir.
Résumé : Repenser la res publica, d’où vient (mais par quels détours, quels malentendus !) le terme moderne de « république », c’est, à travers l’expérience romaine antique, éclairer de grandes questions actuelles : qu’est-ce que le peuple ? Quelle part de conflictualité peut-on tolérer dans l’espace public ? La participation directe est-elle plus démocratique que le système représentatif, la liberté toujours désirable ? Quelle place reconnaître à l’Autre dans la cité ? Ou encore : comment un individu ou un groupe, en s’auto-proclamant défenseur de la grandeur de l’État, devient-il autoritaire… ?
En convoquant cinq grandes notions romaines (res publica, seditio, populus, libertas, societas), cet ouvrage met la politique à l’épreuve de la langue latine et les concepts en tension avec les pratiques et les conflits de sens. Il analyse aussi quelques-unes de leurs reconfigurations dans d’autres périodes et selon d’autres enjeux, non pour établir des continuités ou des ressemblances, mais pour affiner les questions et faire comprendre l’importance de la référence au passé pour appréhender les défis contemporains.
Résumé : Infirme de naissance, Claude (10 av. n.è./54 de notre ère) a subi moqueries et marques de mépris au point d’être privé de carrière publique durant les premières décennies de sa vie. C’est pourtant lui qui devient le quatrième empereur de Rome en 41, dans le contexte trouble de l’assassinat de son prédécesseur et neveu, Caligula. De cet avènement inattendu découle l’image d’un Claude faible et influençable, ballotté par les hasards de l’existence et de la politique. Claude est à la fois tout cela et rien de cela. Afin d’élucider ce paradoxe, il convient d’appréhender les trois peaux qui donnent vie et consistance à cette figure impériale : l’homme, l’empereur et le personnage qu’il est devenu pour la postérité. Dépendant des lacunes et de la partialité des sources, l’historien n’est bien sûr pas en mesure d’accéder à l’intimité et au quotidien d’un individu mort voilà près de deux mille ans. Il peut malgré tout entrevoir quelques-uns des pans constitutifs de sa manière d’être, de penser et d’exercer le pouvoir. En la matière, son action est riche : il a amorcé la conquête de Britannia, rationnalisé le fonctionnement de l’administration impériale ou encore renforcé les liens entre Rome et son Empire en faisant de la citoyenneté romaine un levier d’unification et d’intégration. Sans doute est-ce pour toutes ces raisons que l’historien britannique Courtenay Edward Stevens a un jour affirmé que Claude était « le premier empereur romain ».
En tentant de combler le fossé entre le passé et le présent du mythe du gladiateur rebelle, cette biographie se propose d’examiner ses mille visages, des origines jusqu’à l’époque contemporaine. Dans une première partie, l’auteur s’attache à raconter l’histoire de la révolte de Spartacus à partir des sources antiques, en prenant en compte aussi les dernières découvertes archéologiques. Dans une seconde partie, sont analysées des œuvres théâtrales, littéraires et cinématographiques des différentes périodes historiques qui ont contribué à forger le mythe : le siècle des Lumières, l’époque de l’abolition de l’esclavage, le « printemps des peuples » du milieu du XIXe siècle, l’âge des révolutions socialistes de 1870 à 1917, la période de la « chasse aux sorcières » des années 1950 aux États-Unis.
Mireille Corbier (
Si de nombreuses publications ont porté sur le statut de la culture hellénique sous la République romaine, les rapports entre les Romains et les Grecs avec lesquels ils avaient des contacts professionnels ou qui faisaient partie de leur entourage proche restent largement inexplorées, y compris le degré de considération ou de mépris que les Romains éprouvaient à l’égard de ces Grecs. C’est donc l’objet de ce livre que de mettre en lumière et d’analyser les relations interpersonnelles que les Romains nouèrent avec des Grecs, à commencer par ceux qui vivaient en Grande Grèce, sur le sol même de l’Italie. Puis, lorsqu’ils commencèrent à remporter des victoires sur les rois hellénistiques, les Romains firent-ils une distinction entre l’hellénisme et le peuple grec qui leur était contemporain pour mieux assumer l’héritage de l’un sans s’encombrer de l’autre ? Firent-ils une différence entre Grecs de Grèce, d’Italie et d’Orient ? Quelles relations les aristocrates romains en particulier avaient-ils avec des Grecs ? Le statut social était-il le facteur prédominant dans le choix de ces formes de sociabilité ? Ces questions trouveront quelques éléments de réponse dans ce premier volume qui traite de la période comprise entre le IVe s. a.C. et la fin de la République, à la toute fin du Ier s. a.C.
Auguste côtoya au quotidien les aristocrates, qui s’opposèrent à lui ou l’assistèrent, voire le conseillèrent pour l’aider à s’emparer du pouvoir, puis à le conserver. C’est à ce groupe social et à ses relations avec Auguste que ce livre est consacré. Il cherche à faire mieux comprendre comment les aristocrates vécurent en leur for intérieur la chute de la république et l’avènement d’un nouveau régime monarchique en sélectionnant en guise d’échantillon les trajectoires de neuf aristocrates à partir du critère de l’appartenance à une génération, définie comme une expérience commune de vie.
La première génération, celle d’Auguste, fut marquée par les guerres civiles, qui la traumatisèrent. Ses membres eurent à faire des choix quand il s’agit de se rallier à tel ou tel imperator. Il en allait de leur survie et de leur patrimoine. La deuxième génération, née au cours de la décennie qui précéda la bataille d’Actium en 31 av. J.-C. ou qui la suivit, ne connut que la paix civile et la figure du princeps pour la garantir. Son comportement oscilla entre la nécessité de faire l’éloge du prince et celle de défendre le prestige de la famille. La troisième génération, celle des années 10 et de la dernière décennie av. J.-C., se définit par un événement fondateur, la première succession impériale, qui vit Tibère devenir princeps à la mort d’Auguste. Cette dernière époque augustéenne est étudiée à travers le regard d’une matrone et de trois enfants.
Les neuf trajectoires sont les suivantes : L. Munatius Plancus, M. Valerius Messala Corvinus, L. Tarius Rufus, Cn. Calpurnius Piso, Paullus Fabius Maximus, Aemilia Lepida, Domitius, Domitia et Galba quand il était un enfant.



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