Pourquoi étudier des généalogies dont on ne possède que des bribes et dont on sait qu’elles sont tout autant un fait biologique que des constructions discursives ? Comment y parvenir en évitant à la fois l’écueil de la reconstitution positiviste et celui de la délégitimation des discours des acteurs ? Ce livre tente de répondre à ces deux questions entremêlées en appliquant en histoire ancienne les méthodes formalisées héritées de l’histoire quantitative et rattachées aujourd’hui aux humanités numériques.
L’étude porte sur les discours généalogiques produits par les descendants de Bouselos, qui se disputèrent la succession de leur cousin Hagnias mort sans enfant mâle à Athènes au ives. a.C. Cette affaire est au centre de deux discours judiciaires rédigés par Isée (Succession d’Hagnias) et le Ps.-Démosthène (Contre Makartatos). Le fait, peu fréquent, que l’on puisse encore lire deux récits contradictoires d’une même série de procès permet de comparer les portraits de famille proposés aux juges et, par-là, d’étudier les manipulations généalogiques visant à se placer le plus avantageusement dans le cercle de parents, ainsi que les discours sur la parenté rédigés pour convaincre le tribunal. Pour ce faire, l’auteure s’appuie sur une méthode formalisée reposant essentiellement sur la pratique de la visualisation croisée, ainsi nommée car elle multiplie et compare entre elles les formes visuelles que sont les arbres généalogiques, les diagrammes de structure et les graphes. Croiser les formes visuelles, comme on croise les sources, permet de mieux étudier la fabrique généalogique des acteurs, mais également celle des chercheurs qui les observent. Ce livre élabore par conséquent une méthode nouvelle pour analyser une matière généalogique partielle, partiale, incertaine et hypothétiquement reconstituée : les multiples hypothèses prosopographiques que l’on doit conserver deviennent une force pour arriver à des conclusions valables quelle que soit l’hypothèse de reconstitution choisie. Le recours aux humanités numériques, en prenant au sérieux les discours des acteurs et en déconstruisant les outils des chercheurs, permet ainsi un éclairage neuf sur l’étude de la parenté dans l’Athènes classique. Le livre est accompagné d’annexes en ligne et de notes techniques qui permettent aux lecteurs de reproduire la méthode à d’autres champs d’étude.



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